Armes russes, armes US

Dimanche 7 mars 2021

On entend dire partout en Occident, que l’armée américaine est la plus puissante du monde. Cela a longtemps été vrai. Ça l’est toujours si on choisit bien les critères de comparaison. L’armée américaine est sans discussion celle qui dépense le plus d’argent, plus que les neuf armées suivantes réunies, dans la liste des dépenses militaires par pays. C’est aussi celle qui occupe le plus de terrain : plus de 700 bases dans le monde. C’est celle qui a la plus importante « triade » nucléaire, suivie de près par la Russie, quoique, de l’avis des dirigeants américains eux-mêmes, elle ait besoin d’une sérieuse modernisation. C’est celle qui a le plus de porte-avions, et de loin, mais là, déjà, il y a matière à discussion. Les porte-avions ont beaucoup perdu de leur invulnérabilité avec l’arrivée de nouvelles armes, les armes hypersoniques, par exemple.

Mais les États-Unis ont perdu leur suprématie, dans le domaine des armements. Je ne parle pas des missiles hypersoniques ou des torpilles à propulsion nucléaire, des armes que les armées US sont encore en train d’essayer de mettre au point. Dans le domaine de l’armement conventionnel, la Russie a pris la tête à quasiment tous les niveaux, du fusil d’assaut au chasseur en passant par le char d’assaut.


Le fusil d’assaut

Le fusil d’assaut M-16 est, de l’avis des spécialistes, le plus sophistiqué des fusils d’assaut du monde. Bien plus que le célèbre Kalashnikov, que certains disent être fabriqué comme un « ouvre-boite ». Le problème c’est que la merveille technologique ne supporte pas le moindre grain de sable. Selon des témoignages de soldats américains, si du sable, même en très petite quantité entre dans le fusil, il se mélange avec l’huile de lubrification et garantit l’enrayage, une fois sur deux. De son côté, « l’ouvre-boite » peut passer quelques jours dans un marais et recommencer à tirer immédiatement (ou presque) quand on l’en sort. En résumé, le M-16 est si sophistiqué qu’il ne fonctionne de manière optimale qu’au stand de tir. Certains utilisateurs mettent également en cause la puissance d’arrêt de sa cartouche de 5.56, à plus de cent mètres.

Le char de combat

Le char américain Abrams a été conçu pour combattre en Allemagne où il y a très peu de sable. Seulement voilà, il s’est agi ensuite d’aller « porter la démocratie » au Moyen Orient et là… que de sable ! Cet engin est propulsé par une turbine à gaz, et en Irak, le sable a détruit les pales des turbines, entre autres pièces, et plus d’un millier d’Abrams (des engins à plusieurs millions de dollar pièce) ont dû être renvoyés très loin du théâtre des combats, pour des réparations lourdes. Je vous laisse imaginer le budget et la logistique de ce genre d’opérations.

L’avion F-35

Le nouveau JSF (« Joint Strike Fighter»), chasseur multi emploi de l’armée américaine est le projet le plus cher et le plus raté de l’histoire militaire. Il a déjà englouti mille cinq cent milliards de dollars et l’armée de l’air est déjà en train de réclamer un nouvel avion plus fiable et… moins cher. La Turquie doit se féliciter d’avoir acheté des S-400 russes, ce qui lui a valu d’être « éjectée » du projet F-35.

L’hélicoptère « Commanche »

Le « Commanche » était supposé remplacer « l’Apache ». De 1983 à 2004, près de sept milliards de dollars de l’époque ont été dépensés, soit environ 10 milliards de dollars d’aujourd’hui, avant que l’on abandonne le projet. Dix milliards sans qu’un seul appareil de série ne soit livré à l’armée ! Vous imaginez ce que la Chine ou la Russie pourraient faire avec dix milliards de dollars ? * S’il fallait résumer le problème des fabricants d’armes américains, on pourrait dire : complexité et prix. Les ingénieurs se font plaisir en misant sur l’originalité et la complexité, au lieu de la souplesse et de la simplicité d’emploi, et sans considération pour les coûts. Il faut dire que quand on est le pays qui imprime la monnaie de réserve… À cela vient s’ajouter une sorte de sentiment de culpabilité. L’armée américaine est composée de professionnels et les combats se passent très loin du pays. Beaucoup considèrent donc que donner à l’armée le plus gros budget possible est une façon de rendre hommage à ceux qui se battent au loin. Mais surtout, le complexe militaro-industriel a mis sur pied un système de corruption sophistiqué qui assure sa rentabilité. Les prix des matériels comportent des marges exorbitantes, dont une partie (des centaines de millions par an) est reversée aux fonds de campagne électorale de ces élus qui ensuite voteront les budgets du Pentagone. Sans parler des dépenses de lobbying. Comme le disait, il y a quelques années déjà, un analyste militaire de mes amis : « les Russes font des armes pour gagner des guerres et les Américains font des armes pour gagner… de l’argent ».

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