Coronavirus : les 4 fiascos qui nous rapprochent de la fin de l’UE...

Dimanche 14 mars 2021


Pour ses défenseurs, l’UE était une union toujours plus étroite, plus grande, une union qui devait faire notre force, permettre de nous défendre et de nous protéger contre les crises. Mais avec le Brexit et la crise sanitaire, tous ces arguments ont été pulvérisés par la réalité. Comment cela ne pourrait-il pas avoir de grandes conséquences sur l’avenir de l’Union Européenne dans les prochaines années ?

Délocalisations et services publics exsangues

La crise sanitaire a provoqué une prise de conscience des conséquences malheureuses de l’UE. D’abord, la désertion industrielle dont est victime notre continent. En premier lieu, la production des masques a largement quitté le continent, la France laissant en 2018 fermer la dernière grande usine de l’hexagone. Il faut dire que nous ne renouvelions plus nos stocks… Pire, nous avons aussi découvert qu’une grande partie de notre production pharmaceutique se fait désormais en Asie, avec jusqu’à 80% des principes actifs produits en dehors de notre continent ! Pourtant, l’industrie pharmaceutique produisait largement en Europe, et ses fortes marges supporteraient une production continentale. En outre, vivant de dépenses publiques, elle aurait été pu et du être contrainte de continuer à le faire.


La situation est d’autant plus révoltante que l’épidémie, venue de Chine, a contribué à enrichir l’Empire du milieu, dont les exportations de produits médicaux ont explosé en 2020 pour répondre à la demande de tous les autres pays qui ont laissé la production de ces produits partir en Asie… Et ici, la responsabilité de l’UE est extrêmement directe : c’est elle qui négocie les accords commerciaux qui ont permis ces délocalisations et qui refuse toute préférence commerciale européenne. C’est bien le cadre européen qui fait qu’aujourd’hui, en pleine crise sanitaire venue de Chine, nous devons acheter à ce pays de quoi nous soigner et nous protéger. En effet, tous les traités européens interdisent de protéger la production continentale, faisant des pays européens les dindons de la farce de cette crise sanitaire.


Il y a un an, nous pensions encore en France avoir un système de santé que le monde enviait. La pandémie a révélé de manière cruelle les conséquences des coupes réalisées depuis des années. Les suppressions de lits font que la France n’est plus capable de gérer un afflux soudain de malades, imposant au pays de s’arrêter pour éviter une explosion du système de santé. Les 11,7 milliards de coupes dans le budget des hôpitaux de 2010 à 2019, qui servent à financer une partie de la baisse des cotisations sociales des entreprises prennent une toute autre perspective. De manière effarante, cette crise nous a également révélé le manque de reconnaissance criant de certains professionnels de santé, au premier rang desquelles les infirmières, payées 19% de moins que la moyenne de l’OCDE ! Et pour couronner le tout, les stocks de masque constitués il y a dix ans ont été abandonnés.


Ici encore, la responsabilité européenne est avérée. Pour preuve, l’UE a cru bon de s’inquiéter d’une hausse du traitement des infirmières en France à l’automne, car il ne s’agit pas d’une dépense exceptionnelle, mais d’une dépense récurrente non compensée ! Année après année, l’UE recommande de réduire les dépenses publiques et d’améliorer, dans une course sans fin, la compétitivité de ses états membres en réduisant toujours plus le prix du travail. Parce que les dépenses de santé font partie du prix du travail en France, cela signifie donc les réduire, avoir moins de lits à disposition en cas de crises sanitaires, et payer le moins possible les personnels de santé. Même si nos dirigeants sont aussi responsables de la situation, faute est de constater qu’elle est le résultat des demandes de l’UE.

Plan de relance dérisoire et fiasco vaccinal

Non contente d’avoir désarmé notre industrie et notre service public face à la crise sanitaire, l’UE aurait pu nous protéger, ou nous aider à mieux réagir face à cette crise. Mais là encore, sa réponse est calamiteuse à tout point de vue. Bien évidemment, dans une construction rétive à l’intervention de l’Etat et aux dépenses publiques, qui avait bien trop rapidement changé son fusil d’épaule après la crise financière de 2008-2009, il n’y avait guère à attendre. Néanmoins, il faut reconnaître que la BCE a apporté une réponse relativement raisonnable, en suivant les autres banques centrales dans les rachats de dettes publiques, assurant des taux au plancher pour ses membres. Mais cela ne retire rien aux graves problèmes démocratiques posés par une institution détachée de toute responsabilité politique.


La réponse budgétaire européenne est aussi dérisoire que ridicule. Voilà presque un an que l’initiative a été lancée par Macron, que d’innombrables sommets et un temps colossal y a été consacré, et pas un centime n’a été encore déboursé… En comparaison, les Etats-Unis viennent d’adopter un troisième plan en 12 mois, de 1900 milliards de dollars, alors que l’argent du second se déverse encore sur l’économie. Le total des plans mis en place atteint 5 000 milliards pour 2020 et 2021 ! Par comparaison, le plan européen est aussi tardif que complexe et minuscule, avec à peine plus de 300 milliards de dépenses supplémentaires sur trois ans. En effet, les 750 milliards annoncés comprennent une majorité d’emprunts à l’utilité discutable alors que les Etats n’ont pas de problème de financement sur les marchés actuellement. Pire, tous ces crédits viennent avec d’effarantes contraintes bureaucratiques, même pour un pays comme la France qui va garantir le double de ce que nous allons toucher (70 à 80 milliards contre 40). Londres, seule, a mobilisé plus d’argent frais que toute l’UE pour 2020 et 2021…


Londres est décidément une sacrée épine dans le pied de l’UE depuis le Brexit. La stratégie vaccinale de nos voisins d’outre-Manche démontre le fiasco complet de l’UE dans le domaine, alors que des experts proclamaient de manière bien imprudente il y a un an que le Brexit affaiblirait l’approvisionnement en vaccins de la Grande-Bretagne. C’est tout le contraire qui s’est produit, avec une UE tellement lente et mauvaise dans ses négociations qu’une partie grandissante des pays européens commencent à la court-circuiter et s’approvisionner en Russie ou en Chine. Les chiffres sont cruels pour l’UE, avec l’équivalent de 10% de doses de vaccins administrées à date, contre 35% en Grande-Bretagne et 28% aux Etats-Unis. Au final, ici, il faut reconnaître que l’administration Trump a été beaucoup plus efficace que la commission européenne et Boris Johnson démontre a contrario tout l’intérêt du Brexit


Pourtant, la stratégie vaccinale est capitale pour traverser cette crise. En effet, plus la population à risque est protégée, plus un pays peut alors lever les restrictions assez incroyables mises sur nos vies et réparer les dommages faits par les confinements, fermetures et autres couvre-feux. Ici, Londres a pris de l’avance, avec un plan clairement défini et une levée prudente des restrictions étant donné le niveau de vaccination et le faible niveau de circulation du virus, aujourd’hui le plus bas des grands pays européens. Par comparaison, la performance de la France est inquiétante car avec un faible niveau de vaccination, même bien ciblée, notre pays va devoir conserver de fortes restrictions pendant bien plus longtemps, au détriment de la santé des français et de notre économie. Le fiasco vaccinal de l’UE se paie en vies perdues, et en restrictions prolongées dont n’avons pas fini de payer le prix à l’avenir…

Passage de la résignation à un vrai rejet ?

En somme, l’UE nous a désarmés face à la crise sanitaire, ne nous vient pas en aide, et quand on lui confie l’approvisionnement en vaccins, cela aboutit sur un immense fiasco, malgré les dénis de Macron. Difficile de ne pas penser que cela sera sans conséquences sur l’image et l’adhésion à l’UE. S’il n’y a jamais eu une majorité de Français pour vouloir quitter l’euro ou l’UE, ces derniers mois apportent de l’eau au moulin de ceux qui le souhaitent, l’Union Européenne n’ayant démontré que sa nocivité. En outre, le terreau Français est probablement fertile à l’idée de Frexit. Les campagnes de 1992 et 2005 ont montré que la direction prise par l’UE est loin de faire l’unanimité. Sa plus grande force aujourd’hui était l’argument, alors non vérifiable, que la situation serait moins bonne en dehors qu’en dedans. Mais cela correspond à une forme de résignation à l’UE, la foi étant limitée à une petite minorité.


Le passage de la résignation au rejet est parfaitement possible. D’abord, même si elle a été difficile, la sortie de l’UE est désormais faisable, comme l’a démontré le Brexit. Mieux, elle ne semble pas si pénalisante et sur le premier dossier d’ampleur, la vaccination, l’Union a montré qu’elle nous affaiblissait. Que reste-t-il de l’argumentaire des partisans de l’UE ? L’UE ne nous a protègé d’aucune crise, financière, économique, ou sanitaire. L’UE ne nous a rien permis de construire, le continent européen étant un simple marché à prendre pour les multinationales étatsuniennes ou la Chine. Et l’UE ne nous a jamais permis de peser davantage, les Etats-Unis continuant à imposer leur volonté, en mettant à l’amende nos entreprises ou en sortant à leur guise de l’accord sur le nucléaire iranien. L’UE, ce n’est qu’une bureaucratie supplémentaire et inadaptée qui nous paralyse et nous distrait, sans jamais nous servir.


Bien sûr, beaucoup pensent encore que la sortie de l’UE est une idée radioactive. Mais outre le fait qu’elle est finalement peu étudiée, il me semble que les douze derniers mois apportent un flot considérable d’arguments à ses partisans. Et, comme en 2005, devant un bilan aussi calamiteux, notamment pendant cette crise, une campagne pourrait bien faire basculer une majorité de Français pour une rupture franche et immédiate avec cette construction totalement dysfonctionnelle.

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