Relations Russie-États-Unis en 2021



Cet article comportera quatre parties, publiées séparément.

  • Dans la première, ci-dessous, nous verrons quelles sont les nominations aux principaux postes de politique étrangère et de sécurité nationale, dans l’équipe du nouveau président. Ces nominations ne laissent pas augurer une ambiance cordiale dans les relations entre les États-Unis et la Russie, mais qui s’en étonnera ?

  • Dans la deuxième partie, nous nous intéresserons à la situation actuelle des USA dans les domaines politique, économique et financier, tant il est vrai que, dans la plupart des pays, les dirigeants ont tendance à faire oublier les problèmes intérieurs en créant des problèmes dans les relations internationales.

  • La troisième partie consistera à essayer d’imaginer ce que sera la politique américaine vis à vis de la Russie en 2021.

  • La quatrième partie, enfin, symétrique de la précédente, sera consacrée à ce que pourrait être la politique de la Russie envers les États-Unis pendant cette même année.

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Les nominations

La nouvelle administration Biden avait clairement annoncé son intention de mener une politique hostile et agressive vis à vis de la Russie. Cela n’a rien à voir avec de supposées actions hostiles de la Russie et de son président envers les États-Unis. Cela n’a rien à voir avec le soi-disant empoisonnement d’Alexeï Navalny qui n’est qu’un figurant utile à l’Occident. Cela a à voir avec les objectifs du pouvoir globaliste qui s’est installé à la tête des USA. La Russie représente une alternative crédible au néolibéralisme, il faut donc la réduire. C’est d’autant plus urgent que ce pouvoir globaliste sent qu’il s’affaiblit. Cela le rend nerveux et donc plus dangereux.

L’équipe désignée par Joseph Biden reflète parfaitement cet objectif.


Secrétaire d’État : Antony (Tony) Blinken. Né en 1962, Blinken a vécu à Paris avec sa famille. Il a passé son bac et a étudié le droit à la Sorbonne avant de retourner aux États-Unis à Harvard et Columbia. Il a été conseiller adjoint à la sécurité nationale sous Barack Obama de 2013 à 2015, puis secrétaire d’État adjoint de 2015 à 2017. Il a occupé des postes de responsabilité au secrétariat d’État sous les administrations Clinton, Bush Jr. et Obama. Il a soutenu l’invasion de l’Irak en 2003 qu’il a qualifié comme un exemple de « diplomatie dure ». De 2009 à 2013, il a participé à l’élaboration de la politique américaine en Afghanistan et au Pakistan. Il a également participé aux négociations du JCPOA (accord de Vienne sur le nucléaire iranien signé le 14 juillet 2015 par les pays membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU, plus l’Allemagne et l’Union Européenne). Il a participé à l’élaboration de la réponse américaine à ce que les USA appellent « l’annexion de la Crimée par la Russie », après le coup d’état en Ukraine. Il est partisan de l’entrée de la Géorgie dans l’Otan et d’une présence accrue des États-Unis dans le Caucase du Sud. Il partage largement les idées du nouveau président sur le rôle dirigeant des États-Unis dans le monde.


Sous-secrétaire d’État aux affaires politiques : Viktoria Nuland. C’est sans doute la nomination la plus significative au secrétariat d’État. C’est elle qui a piloté, de concert avec le vice-président d’alors, Joseph Biden, le volet politique du coup d’État américain en Ukraine. C’est elle qui a mis Arseniy Yatseniuk au pouvoir à Kiev. On se souvient de l’interception de sa discussion téléphonique avec l’ambassadeur Geoffrey Pyatt qui s’inquiétait à ce propos de la réaction de l’Union Européenne. La réponse de Nuland avait été alors de conseiller à l’Union Européenne « d’aller se faire f… ». C’est d’elle également que l’on tient le coût de l’intervention américaine en Ukraine avant 2014 : cinq milliards de dollars « pour amener la démocratie dans le pays ». George Friedman, fondateur et président de la société de sécurité privée « Stratfor » avait alors, dans un entretien avec un journaliste, en février 2014, qualifié les événement de Kiev de : « coup d’État le plus flagrant de l’histoire des États-Unis ».

Dans un long article publié en août 2020 par la revue « Foreign Affairs », Viktoria Nuland accusait la Russie et Vladimir Poutine d’avoir « violé les termes des accords de limitation des armements, déployé de nouvelles armes déstabilisatrices, menacé la souveraineté de la Géorgie, envahi la Crimée et la plus grande partie du Donbass, soutenu des dictateurs en Syrie, Libye et au Venezuela, lancé des cyber-attaques contre des banques, des réseaux de distribution d’électricité, des systèmes gouvernementaux, assassiné ses ennemis sur le sol européen et interféré dans les élections démocratiques étrangères comme aux USA en 2016 (oui, pas en 2020, bien sûr !). J’en ai peut-être oublié…

Elle suggère donc dans cet article, comme les sanctions n’ont pas d’effet réel, après, peut-être un effet initial, de procéder autrement et de « changer le jeu avec Poutine ». Les États-Unis doivent, selon elle, toucher beaucoup plus la jeunesse russe via les réseaux sociaux, Odnoklassniki, VKontakte, Face Book, Telegram, You Tube et toutes les plateformes en langue russe qui voient le jour. Les dernières manifestations en Russie organisée par Navalny et son équipe sont peut-être un avant-goût de cette nouvelle politique. En 2016, Viktoria Nuland a rejoint le conseil du « National Endowment for Democracy » (NED), spécialiste des opérations de changements de régimes à l’étranger qui selon la formule désormais célèbre, « fait la même chose que la CIA, mais de façon plus discrète ».


Chef de la CIA : William (Bill) Burns. Ancien diplomate, ambassadeur des USA à Moscou (2003-2008), il était secrétaire d’Etat adjoint sous Obama lors du coup d’État en Ukraine. C’est à lui qu’Antony Bliken a succédé en 2014. Il était, depuis 2015 président du « Carnegie Endowment for International Peace ». Interrogé par la chaîne « France 24 » en juin 2019, il déclarait que, pour lui, Vladimir Poutine était « un apôtre de la vengeance qui a voulu se venger en 2016 de ce que les États-Unis aient profité de la faiblesse de la Russie après l’effondrement de l’URSS ». Il semblait donc, alors, convaincu de l’ingérence supposée de la Russie dans l’élection de Donald Trump. Après avoir participé aux négociations secrètes qui ont abouti au traité JCPOA, il a déclaré récemment qu’un retour américain dans ce traité serait « plus vite dit que fait, en raison des dégâts commis ces dernières années ».

Conseiller à la sécurité nationale : Jake Sullivan. Diplômé de Yale en sciences politiques en 1998, il a également fréquenté Oxford où il a été diplômé en 2000, en relations internationales. Décrit par ses amis comme une intelligence supérieure et un bourreau de travail, c’est un démocrate convaincu qui a fait une partie importante de sa carrière politique sous la présidence Obama, aux côtés de Hillary Clinton. Il a participé aux négociations secrètes qui ont mené à l’accord nucléaire sur l’Iran. Dans un entretien avec « Politico » il a décrit ses priorités au premier jour de conseiller comme : la lutte contre la pandémie et la restructuration du Conseil national de sécurité, des sujets inhabituels par un conseil créé en 1953 par Dwight Eisenhower, pour conseiller le président sur les questions de relations internationales et de défense. Quoi qu’il en soit, Jake Sullivan est un membre à part entière de l’équipe qui a travaillé avec Joseph Biden dans l’administration Obama.


Directeur du renseignement national : Avril Haines. Après une dizaine d’années pendant lesquelles Haines s’est essayée à diverses activités (judo au Japon, physique théorique à l’université de Chicago (BA en 1992), leçons de pilotage, librairie-café à Baltimore), elle est entrée à l’université de Georgetown où elle obtient un doctorat de jurisprudence en 2001. Elle occupe ensuite différents postes dans l’administration, notamment au département d’état avant que Barack Obama ne la nomme directeur adjoint de la CIA en août 2013, première femme à ce poste. Elle sera ensuite adjointe du conseiller à la sécurité nationale. A ce titre, elle a pris une part active dans les exécutions ciblées, par drones, de personnes soupçonnées de terrorisme, exécutions qui ont été largement utilisés par l’administration Obama. C’est elle qui a été chargée de rédiger le cadre légal de ces frappes en Somalie, au Yémen et au Pakistan. On lui a reproché, en particulier, l’imprécision de la notion de cible pour ces frappes qui permettait un large usage du système. Après avoir quitté la Maison Blanche, elle a travaillé pour « WestExec Advisors », une société de conseil fondée, entre autres, par Antony Blinken, le nouveau secrétaire d’État de Joseph Biden.


Toute cette équipe qui se connaît pour avoir longtemps travaillé ensemble partage l’opinion que Donald Trump a été trop « faible » avec la Russie.

Il est donc évident que la déstabilisation de la Russie est devenue l’objectif numéro un de la politique étrangère des États-Unis. Il ne s’agit pas de répondre à l’une ou l’autre des actions de la Russie ou de son président, ni de protéger une soi-disant démocratie qui n’est plus qu’une façade commode pour les pays occidentaux. Il s’agit de s’attaquer directement à une Nation souveraine et indépendante qui cherche à défendre son identité nationale et sa culture. Il n’y a pas de place pour une telle nation dans le projet de « Great Reset » globaliste.

Quelle sera la réaction de l’Union européenne et en particulier de la France ?

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